Partager sa vie avec un chien de Roumanie : Le parcours de Shelby
Adopter un chien de Roumanie : au-delà du sauvetage, la réalité du quotidien. 🇷🇴🐕
On a tous entendu parler de ces chiens à adopter qui vivent l’horreur dans leur pays. Ils errent dans les rues, subissent la maltraitance des riverains et sont euthanasiés en masse. Sur place, des associations se battent pour en sauver un maximum et les faire adopter par des familles à l’étranger, notamment en France ou en Allemagne.
Il est difficile, pour quiconque est sensible à la détresse animale, de ne pas craquer devant ces photos et ces appels à l’aide sur les réseaux sociaux. Mais vous êtes-vous demandé ce que votre vie deviendrait après l’adoption ? Voici mon retour d’expérience personnel.
Laissez-moi vous présenter Shelby. C’est une chienne très affectueuse qui a eu un début de vie obscure. Avant son arrivée en France, on ignore tout de son passé. Il est alors impossible d’anticiper les réactions de la chienne.
J’ai fait la connaissance de Shelby via son premier propriétaire. Passionné par les Chiens Loups Tchèques, n’ayant pas les moyens d’en acheter un en élevage, une amie lui a alors conseillé une association en Roumanie capable de lui trouver un chien “typé” pour une somme modique. On lui avait fait miroiter que, là-bas, les croisés Loup Tchèque" étaient nombreux et qu’il ferait, par la même occasion, une bonne action.
Je me souviens de ce jour où il nous a présenté, avec fierté, cette petite chienne apeurée de six mois, censée devenir un imposant Loup Tchèque.
Six mois plus tard, Shelby débarque chez moi pour un “dépannage” : elle devait rester un mois et elle n’est jamais repartie. Après seulement six mois, son maître s’était lassé. Il ne s’en sortait plus avec cette chienne qui avait peur de tout, n’était pas propre et détruisait ses affaires.
À l’époque, je ne connaissais rien aux chiens. Je me suis retrouvée seule face à cet animal terrorisé qui se demandait probablement “à quelle sauce il allait être mangé”.
Pour répondre à ses besoins, j’ai commencé par regarder toutes les vidéos YouTube possibles sur l’éducation canine. Avec mon mari, nous avons aussi enquêté sur ses origines.
Notre vétérinaire a rapidement eu des doutes sur son âge : elle se déplaçait comme une “grand-mère” et ses dents n’avaient plus d’émail. Finalement, sur le passeport de ce soi-disant chiot de 6 mois, il était inscrit qu’elle avait en réalité 2 ans. Comme elle n’était pas musclée, la moindre promenade lui provoquait des courbatures.
À la maison comme en promenade, elle craignait tout. Nous avons eu la chance d’avoir du temps et un jardin, ce qui a facilité l’apprentissage de la propreté.
Un conseil important : Méfiez-vous des conseils de certaines associations consistant à ne pas sortir le chien pendant un mois. Cela n’aide en rien à l’adaptation. Au contraire, cela apprend au chien qu’il doit faire ses besoins à l’intérieur. Pour un animal déjà fragilisé, cela ajoute des troubles comportementaux à une situation déjà complexe. C’est souvent ainsi que l’abandon se reproduit.
À l’intérieur, le moindre bruit était une agression : la télévision, nos déplacements, ou même le simple “clic” du compteur électrique lors du passage aux heures creuses. Ma maladresse habituelle n’aidait pas : dès que je faisais tomber un objet, ce chien de 20 kg se ratatinait pour atteindre la taille d’un chihuahua.
Plus triste encore, dès que nous prenions un balai, elle s’aplatissait au sol, la queue entre les jambes, comme si elle s’attendait à être frappée. J’ai passé des semaines à la rassurer, à toucher les objets devant elle pour lui montrer qu’ils n’étaient pas dangereux.
Il m’a fallu un mois entier de patience (et beaucoup de rondelles de saucisses sur les marches !) pour qu’elle ose enfin monter à l’étage et découvrir le reste de la maison.
Dehors, c’était une autre épreuve. La moindre feuille morte ou brindille l’effrayait. Elle sautait sur la route pour éviter une plaque d’égout. Je passais mon temps à m’abaisser pour toucher le sol, les feuilles, et tenter de réveiller sa curiosité.
La curiosité est essentielle. Un chien curieux finit par s’approcher, sentir, et se détendre. Un chien résigné, lui, ne cherche plus à comprendre : il fuit ou il subit.
Le plus dur restait le regard et l’attitude des gens. Je remercie (ironiquement) ceux qui se jettent sur votre chien sans demander, et qui vous répondent “Mais j’ai toujours eu des chiens !” quand vous expliquez qu’elle a peur. Pour débuter avec un chien multi-phobique, privilégiez les endroits calmes. Il faut gérer une peur à la fois.
Shelby a une peur bleue de la voiture. En fouillant dans ses papiers, nous avons découvert qu’elle était restée enfermée 40 heures en cage dans un camion pour venir de Roumanie. Quand on sait que les cages sont souvent empilées les unes sur les autres, on comprend mieux son traumatisme.
Cela fait maintenant trois ans que Shelby partage notre vie.
Elle a fait des progrès immenses. Bien qu’elle reste en alerte, elle est devenue très curieuse.
Nous restons vigilants : en cas de peur intense, elle peut encore “déconnecter” et fuir droit devant elle sans s’arrêter. Pour cette raison, l’utilisation d’un traceur GPS sur son collier est, pour nous, indispensable.
En reprenant confiance, elle a révélé sa vraie personnalité :
Certes, tout n’est pas réglé. Les balades en ville restent difficiles et elle refuse parfois de sortir dans le jardin s’il pleut ou s’il y a du vent. Mais je suis tellement fière de son évolution.
Pour réussir cette intégration, j’ai dû m’investir totalement. Les premières semaines, elle n’était jamais seule (je conseille d’ailleurs de prendre 2 à 3 semaines de congés lors d’une telle adoption).
Après avoir dévoré toutes les ressources possibles sur internet, j’ai fait appel à une éducatrice. Malheureusement, bien que gentille, elle n’était pas à l’aise avec les peurs de Shelby. C’est ce qui m’a poussée à aller plus loin, à suivre des formations en ligne, puis une formation certifiante pour devenir moi-même éducatrice comportementaliste.
Aujourd’hui, j’en ai fait mon métier. Shelby a été mon meilleur professeur.
Adopter un chien possédant un passé difficile n’est pas impossible, je recommencerai si cela était à refaire, mais ce n’est pas chose aisée. Je veux simplement que vous soyez conscients que c’est un marathon, pas un sprint. Cela demande une patience infinie et un travail quotidien. Ne vous découragez pas, au début on a souvent l’impression de faire trois pas en avant et deux pas en arrière, mais je peux vous assurer que cette sensation finit par disparaître.
Si vous franchissez le pas, ne restez pas seuls : faites-vous accompagner par un bon comportementaliste canin. Ces chiens ont énormément à offrir, mais il faut être prêt à leur donner le temps de guérir.
“Et vous, avez-vous déjà adopté un chien avec un passé difficile ? Quelles ont été vos plus grandes victoires ? Partagez votre histoire en commentaire !”